Le soir, du 30 janvier 1945, les troupes alliées entrent au village, et libèrent ses habitants, de plus de quatre années d’occupation, et de souffrances.

Cette période, de l’Histoire de notre village, mérite d’être commémorer, afin de rendre hommage, à nos concitoyens, qui ont vécu ces événements, mais surtout, en mémoire des militaires, qui ont laissé leur vie, sur les nombreux champs de bataille, pour notre liberté à tous.

C’est, le 1er Régiment de Marche, de la Légion Etrangère, soutenu par le Régiment des Chasseurs d’Afrique, qui sont entrés les premiers à Urschenheim, et il ont été rejoints, par le 1er régiment de chasseurs parachutistes.

Un extrait du livre « la Grande Equipe », chronique, du régiment de Marche de la Légion Etrangère, nous renseigne sur les combats.

Je cite:

« Le sous-groupement Daigny, du CC 5, attaque Urschenheim. L’attaque était partie à 5 heures du soir, il faisait déjà noir, à l’arrivée dans le village, attaqué de nuit, sans préparation d’artillerie. La progression dans la neige était pénible. La 1ère Compagnie débarquée, fit un débordement par les vignes, tandis que la deuxième, attaque normalement par la route. L’observation, n’avait pas pu repérer, des pièces antichars, installées à la lisière de Durrenentzen, qui prennent les blindées, sous leur feu. En quelques minutes, quatre chars moyens sont détruits, un autre immobilisé, un T.D. anéanti. Le capitaine, commandant la 2ème compagnie, et son lieutenant sont blessés, l’aspirant tué. La compagnie, passe, aux ordres d’un adjudant. Il fut aussi blessé. En peu de temps, il ne resta plus que, le sous-officier de renseignement et d’observation, de la compagnie, tous les autres étaient tombés. La situation était sérieuse.

 

Le commandant Daigny, fait pousser en avant les chars, et un bataillon de commandos, lorsque la première compagnie, débouchant des vignes, tombe sur l’ennemi, à l’autre bout du village, créant une heureuse diversion.

 

Sifflant et hurlant, les obus et les mines s’abattent sur le village, que l’obscurité de la nuit, gagne peu à peu.

 

Des prisonniers sont sortis des caves, et des maisons. Ils sont alignés face contre le mur, suivant l’habitude légionnaire, de traiter les punis de prison. Plusieurs d’entre eux se méprennent sur le geste, se mettent à pleurer en suppliant, de ne pas être fusillés. Le commandant Daigny, racé et élégant, dans son attirail de guerre, perd, pour une fois, son sourire malicieux, qui lui gagne tous les cœurs. Il éclate en colère, et il crie  « En France, ce n’est pas l’habitude de fusiller les prisonniers… ».

 

L’artillerie allemande, harcelait, sans cesse, le village, les blessés arrivaient au poste ».

Ces faits d’armes, sont repris, dans la citation à l’ordre de l’Armée, du régiment de Marche de la Légion Etrangère.

Les livres d’histoire, nous racontent habituellement, les grands événements, de la dernière guerre. Cette grande histoire, nous la connaissons tous, mais elle se compose, de petites histoires. Pour cela, je vais citer l’histoire d’un vétéran, du 1er régiment de Chasseurs d’Afrique, ayant participé, aux côtés de la Légion Etrangère, à la libération d’Urschenheim.

Il s’agit de Monsieur Jean Grosjean, né en 1925, qui a participer à l’ensemble de nos commémorations tant que ses forces lui le permettaientt. Jean GROSJEAN s’engage, le 22 octobre 1944, au 1er régiment de Chasseurs d’Afrique, qui vient de libérer la Franche-Comté. Son frère Charles, né en 1920, sert dans la même unité. Le 14 novembre 1944, après 23 jours de formation, à manipuler un poste radio, et le canon d’un char, il est affecté à une unité opérationnelle.

Le 30 janvier 1945, il arrive à Muntzenheim avec son unité. Son Sherman est prêt au combat, et son réservoir est rempli de 600 litres d’essence, qu’il fallait verser à l’aide d’un jerricane. « On crevait de froid » nous dit-il. Vers 17 heures, son char part de Muntzenheim, et se dirige vers Urschenheim. A la hauteur de Durrenentzen, quatre chars de son unité se trouvent immobilisés en moins d’une minute, par une arme anti-char, située à la lisière de Durrenentzen. Son chef de char, ordonne au conducteur de quitter la route, et de se mettre au fond d’un talus, situé en contre bas, afin de mieux protéger son blindé des tirs ennemis, et simultanément, il fait tirer un obus fumigène, pour que les allemands n’aient plus de visibilité pour leurs tirs.  Pour Jean Grosjean, cette manœuvre les a probablement sauvé, et, a réduit les pertes alliées, en matériel, et en vies.

Durant son avancée, vers Urschenheim, les légionnaires, comme à leur habitude, étaient restés sur la plaque motrice, située à l’arrière des Sherman. A leur arrivée, aux abords du village, les légionnaires descendent des chars, puis encadrent les blindés dans leur avancée, tout en les protégeant, des tirs d’armes antichars, en débusquant les militaires ennemis, qui les utilisent. Monsieur Jean Grosjean, se rappelle que « Les chars avancent à deux, le premier char a son canon à droite, le second a son canon à gauche ». « On a tiré pas mal d’obus et de cartouches, la résistance était vive ». Jean Grosjean, dans sa position de chargeur n’a pas vu grand chose. « C’est le chef de char, qui garde sa tête dehors, qui dirige les manœuvres » et il ajoute « c’est pourquoi de nombreux chefs de char ont été tués ». « On a pris le patelin, mais c’était dur ». Des renforts sont demandés très vite. La 1ère compagnie du régiment de marche de la légion étrangère arrive vers 18 heures 30, suivie des commandos à 18 heures 45, accompagnés de chars légers.

Le soir du 30 janvier 1945, le village est pris. Des chars sont disposés aux entrées Nord et Sud du Village. Le char de Jean Grosjean surveille l’entrée Nord.

Le 31 janvier 1945, les troupes américaines arrivent au village.

Les chars de son unité resteront en stationnement d’alerte, jusqu’au 5 février 1945, au matin. Jean Grosjean servira son régiment jusqu’à la fin de la guerre, et il participera à la campagne d’Allemagne. Il terminera sa carrière militaire en 1948, après un engagement de trois années, à Tübingen.

Je voudrai, également, que l’on se souvienne aujourd’hui, des habitants de notre village, qui ont vécu, ce 30 janvier 1945.

Ces personnes, ont subit, le régime Nazi, durant 5 années. Chacun des habitants, ici présent, a été marqué dans sa chair, par de multiples drames, qui ont profondément imprégnés leurs vies.

Il faut souligner, que, durant les deux derniers conflits, dans chaque famille alsacienne, on déplore un tué, ou un blessé. Cela explique, l’attachement de l’Alsace à la France, et les valeurs patriotiques, qui nous animent.

Ces valeurs patriotiques, se sont forgées, en Alsace, dans le creuset de la souffrance, au fil des siècles.

Pour mieux comprendre les Alsaciens, je voudrais citer mon arrière grand-père, Robert Bollinger, qui est né français en 1868, est devenu allemand en 1870, est redevenu français en 1918, à nouveau allemand en 1940, et enfin a retrouvé la nationalité française le 30 janvier 1945 – Il a connu 5 nationalités dans sa vie, en habitant la même maison. Ces changements de régimes se sont accompagnées de nombreuses douleurs. Tout d’abord, ce sentiment d’abandon, au travers du ballotement d’un pays vers l’autre, ensuite une perte de repères et d’identité, et enfin des douleurs physiques et psychiques, en citant pour exemples, l’évacuation de la population alsacienne dans les départements du Sud-ouest, au début de la dernière guerre, l’arrivée du nazisme, l’incorporation de force dans l’armée allemande,  l’emprisonnement ou la déportation; à ce sujet, mon père, Edouard, a célébré ses 18 ans, incarcéré à la prison de Mulhouse, peu avant son internement au camp de Schirmeck, pour son refus de porter un uniforme allemand, et son opposition à des idées qui n’étaient pas les siennes. A son retour au domicile, lorsqu’il sonna à la porte de la maison familiale, sa mère lui ouvrit, en lui demandant qui il était: elle ne l’avait pas reconnu, tant il avait maigri, et tant son visage avait été déformé par les coups et les frappes de ses tortionnaires. J’oubliai presque mon grand-père Georges qui a perdu ses jambes lors de la Grande guerre.

C’est peut-être, une histoire d’un autre temps, à laquelle, on a peut être du mal à croire, une histoire qui vous survole, une histoire que le matérialisme ambiant annihile, puisque nous sommes aujourd’hui dans une société de l’éphémère, ou seule l’instant présent compte.

Mais, c’est dans ces histoires personnelles, que chaque d’entre nous retrouve ses racines. C’est pourquoi, le devoir de mémoire est si prégnant à Urschenheim, et je tiens à remercier, Monsieur Georges PONCELET, maire honoraire, et président de la section locale de l’UNC, de son engagement acharné, à maintenir le souvenir, de ceux, qui ont donné leur vie, pour notre liberté à tous.

Pour terminer, je souhaite mettre à l’honneur les membres de notre section UNC ayant participé à la guerre d’Algérie. Tout d’abord, Monsieur Robert RINGLER, engagé volontaire, chasseur parachutiste, ainsi que Messieurs Jean-Pierre et René VOGEL. Je leur demande, de m’accompagner, dans un instant, pour le dépôt de gerbe.

Le village d’Urschenheim exprime aux militaires du 1er régiment des Chasseurs d’Afrique, de la Légion Etrangère, des commandos, du 1er régiment de Chasseurs Parachutistes, de la 5ème Division Blindée et de l’ensemble des Unités Alliés, sa plus profonde reconnaissance et ses plus vifs remerciements, pour avoir combattu sur le sol communal, et avoir  participé à sa libération, le 30 janvier 1945.

Robert Kohler

Maire